Je croyais que c’était impossible, je ne m’imaginais pas à ce point-là.
Elle est là, toujours.
Plus belle qu’hier encore.
Elle me manque tellement, je ne sais plus quoi faire.
Hier, on ne s’est vu qu’une fois.
Mais quelle fois !
Homérique ! Dantesque ! Épique !
Je pense avoir été trop fougueux tellement mes lèvres la désirait.
Je la voulais, je l’ai touchée.
Le simple contact de mes doigts déjà m’invitait au supplice.
Il y avait une flamme, brillante, suave, je savais que c’était intensément réciproque.
Et puis, enfin, elle s’est rapprochée.
Enfin.
Tout entier je me suis abandonné, mille fois j’ai vendu, cédé même, au diable les lambeaux de mon âme, renié cent fois mes idées les plus fermes pour tomber, retomber. Me corrompre, me livrer, m’enivrer de ma déchéance, jouir d’une petite mort.
Nu, effacé.
L’instant charnière. Silencieux, cérémonieux.
Yeux mi-clos, comme pour saisir la beauté déchirante du ciel de l’Atlantique aux abords de l’orage, la main tremblante d’émotion comme au soir d’une vie d’homme, quand la conscience s’envole librement vers les nues.
La seconde éphémère et langoureuse qui précède les moments décisifs.
Elle m’a eu.
J’étais digne, résolu, mais vaincu, déjà … je lui appartenais.
Je ne respirais plus que pour elle.
Belle, désirable, unique.
… ouais, je n’ai fumé qu’une seule clope, hier.