Aurore, aurore, je suis ton prince
Adoube moi de ton silence
Couronne moi de ta lumière
Aurore, aurore, aurore, comme je te hais
Comme j'ai pitié de ta sagesse
Et comme je souffre sans ton ivresse
Aurore, aurore, sois magnanime,
Pas de courroux, pas d'amnistie,
Car j'ai déjà perdu la vie
Aurore, aurore, éveille moi
A la détresse des âmes seules
Aux certitudes et au linceul
Elle illumine des champs d'azur plus bleus qu'hier
Elle se fait reine sans royaume
Ni dieu ni maître, ni roi n'y trône
Elle fait frémir les coeurs brisés qu'un espoir serre
Elle se défie de les faire vivre
Elle les punit, elle les délivre
A chaque jour que le soleil déclare ouvert
Je suis un peu moins rassasié,
De voir que le temps est pressé.
Je vois un feu, un fil, un cimetière
Carré de repos éternel :
"Ci gisent les anges du ciel"
Aurore, aurore, j'ai bien grandi
Je suis plus mûr désormais,
J'ai ma mémoire j'ai un secret
Aurore, aurore, aurore, comme je t'envie
Tu es la muse que je chérie
Plus belle demain qu'aujourd'hui
Aurore, aurore, anoblis moi
Fais moi le chantre des tes louanges
Allume donc mes yeux exsangues
Aurore, aurore, trinque avec moi,
A la folie des jours heureux
A la défiance des jours peureux
Elle supporte du monde entier toutes les chances
Elle les égraine en sablier
Elle dit être pour oublier
Les saisons passent, tissent l'amour et les outrances
On les voit prendre et prospérer
On pense pouvoir être épargné
Elle accompagne le dernier souffle d'un trait brillant,
Une pensée qui nous exhorte,
A ne pas trop craindre la porte
Elle combat, elle désespère, puis elle nous ment,
Et effrayée elle abandonne
L'hiver au plus froid des automnes
Aurore, aurore, tu m'as trahi
Je t'avais prise sous mon aile
Me voila blême et je chancelle
Aurore, aurore, existes-tu ?
Terne couronne, reflet de rien
Souveraineté, histoire de fin
Aurore, aurore, mon coeur est gris
Je n'ai plus l'âme du génie
Voià mon fil s'est rompu.
Aurore, aurore, recouvres moi
Je suis déchu, j'étais ton roi
"Regardez-le il a vécu"