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Devant la sentence implacable émanant de cette affirmation, vous allez demander des explications. Admettons qu'il en faille, donc :
* la femme est l'avenir de l'homme, or l'avenir de l'homme est sombre, donc la femme est sombre. Et quel crédit apporter à une personne qui n'est pas aussi blanche et pure que pourrait le laisser croire le teint diaphane de son visage si pur qu'il exhorte à l'anathème le plus batracien des croyants ?
* Il n'y a jamais eu de femmes roi de france ou président de la république, et je crois que cet argument, qui confine au génie, suffit à lui tout seul pour nous montrer que la femme est, décidément, inférieur à son maître masculin (soit dit en passant, je conviendrais volontiers que les femmes nous sont supérieures si seulement cela pouvait les dissuader de se prétendre nos égales ... c'est pas de moi, c'est sacha)
* A-t-on jamais vu femmelle se pâmer devant le bruit et la fureur des combats ? Non, la femme est lâche et préfère distiller en couture et vaisselle le temps précieux qu'il serait nécessaire de passer à afuter le tranchant de l'épée pour le cas ou l'allemand reviendrais hanter la ligne bleue des vosges.
* La femme n'est plus féconde aujourd'hui; Bien que la France (pause, à chaque fois que je prononce ce mot, j'ai un orgasme ... voila, merci, continuons) se targue d'avoir, avec l'irlande, un des meilleurs taux de natalité européen, nous n'avons pas encore assez de têtes (blondes, c'est évident) pour pouvoir assurer de façon pérène la défense de nos frontières. Et que ferons nous si les Russes nous attaquent par la Corse, hein ?
* Tandis qu'elle s'expose en petite tenue sur les affiches publicitaires en tout genre, tandis qu'elle vante la bonne fluidité de son transit intestinal en se promenant à poil dans un loft ensoleillé en mangeant un yahourt, il me semble que les maris aimant et fidèles suent sang et eau à la machine pour pouvoir leur offrir le confort d'une sympathique soirée devant la star academy. En retour, rien, même pas un sourire lorsque d'un geste gracieux, le mari aimant susnommé lui ordonne gentiment de ne pas s'atteler immédiatement aux tâches ménagères, allant même jusqu'à lui laisser quelques minutes de repos.
* Par la façon dont elle conduit nos automobiles, ne faut-il pas voir l'évidence d'un complot fomentée par les plus chiennes de ces garces ? Complot dont je ne cesse de déplorer l'existence auprès de l'église catholique, et qui vise, de façon tout à fait certaine, à annihiler le cours de l'humanité en provoquant moults accidents de la circulation destinés à faire se monter les uns contre les autres des citoyens, les détournant, une fois encore, de la ligne bleue des vosges, c'est honteux.
* Lorsque leur vilennie est mise au rebut le temps d'un café (sans sucre, pas pour le régime, comme elles le prétendent, mais évidemment pour mettre en faillite le commerce avec nos colonies), elles se confient, entre elles, et sans l'aval de toute autorité morale masculine, des secrets conjugaux. Ainsi, me suis je vu, moi qui vous parle, ridiculisé en plein centre commercial parce que ma moitié (enfin, mon tiers, plus précisément) avait fait part à ses amis de mes proportions intimes. Son amie s'est permis de m'accoster munie d'une loupe, en disant qu'elle voulait, je cite, "vérifier si c'tait ben vrai s'kon raconte sur ton p'tit kiki". J'ai failli en perdre mon latin, mais heureusement, cela n'a pas été le cas.
* Il est également connu que la femme parle mal, a une connaissance très approximative de la syntaxe, de l'ortographe et de la grammaire. Hors, loin de rester dans la réserve feutrée où notre raison l'a parqué, elle exhibe ses lacunes à l'envi. Non content d'être sotte, la femme est donc bavarde. Chienne !
* Il n'est pas un jour sans que nous autres, pauvres hères, nous ne nous prosternions devant elles pour pouvoir obtenir les faveurs d'un sourire ou d'une attention un peu plus soutenue. Elles nous récompensent en nous disant de ne pas nous habiller comme ça, qu'on ne sait pas faire les courses correctement ("moi je profite des promotions et des bonnes affaires"), qu'on ne doit pas regarder telle ou telle dans la rue, qu'on doit enlever les cheveux et autres de la baignoire. Humilié, l'homme ne sait que faire, et son regard qui ne cherche que l'amour se retrouve à explorer la nue, perclu de désespoir, il s'étiole. Il devient faible, et se fait irrémédiablement niquer par le boche.
Des raisons comme celles là, j'en aurais des milliers. Mais je manque de temps, il faut moi même que j'aille de ce pas mettre en ordre mon armure, mon cheval et mon épée. Si l'assaut à lieu demain, je veux être prêt, car, rappelons le, si vous n'avez pas été assez observateurs pour le voir, que l'allemagne est désormais dans les mains d'une femme.
Moi j'ai peur. Ségolène, qu'est ce que tu fous ???
Bien sûr, elle naurait rien à faire, rien à dire, rien à redire. Et moi non plus.
Elle était juste là, assise, à contempler le plus passivement du monde les secondes passer, puis trépasser.
Cet instant est passé comme les autres : trop vite. Avec beaucoup de choses dans ma tête.
Lespoir, tout dabord, que nous avions appris à conjuguer à tous les temps du futur, nétait plus quun arbuste chétif en sursis. On pouvait résumer les choses ainsi : elle partait, je restais. Pas de quoi écrire un scénar, pas de quoi faire Tout le monde en Parle.
Une rupture comme il sen noue vingt quatre par secondes dans lunivers entier.
Nous ne nous reverrions plus dans cette vie. Cétait aussi définitif quun point final, et aussi amer quune bonne blague dont on oublie la chute.
Cétait comme ça.
Et puis la tendresse. La profonde tendresse qui me serrait le cur à la voir mettre ce point final, tout en sachant bien quil ny aurait pas de tome 2 au livre de nos passions. Les fruits de saisons ne sont mûrs quà linstant, et caurait été une connerie dessayer de la retenir. A quoi bon. Je navais pas envie de congeler cette éphémère seconde pour la ranger dans le compartiment nostalgie. Il est bien trop rempli, il déborde.
Dun sens, je suis persuadé que Walt Disney a fait bien plus de mal aux garçons quil nen a fait aux filles. Les midinettes croient au prince charmant. Cette affirmation ne survit pas à lépreuve du temps. Ou de la lucidité, ça dépend. Mais les hommes, pauvres de nous. Walt, mon pote, tu as déconné. Comment pourrions nous nous identifier à un bel escogriffe de plus d1m80, plein de muscles et de sourire charmeur ?
Moi qui ne sais même pas monter à cheval, jaurais le plus grand mal à lui faire croire que je pourrais la réveiller dun simple baiser. Et puis, elle, quand elle dort, de toute façon, il ny a rien à faire.
Et jétais là, en train de vivre ce moment, cet instant qui après tout allait sceller dans la brume de la nostalgie une romance de quelques années, et je ne pouvais pas mempêcher de le penser. Je ne le vivais pas, je me vivais en train de le vivre. Et en plus, je men rendais compte.
Elle, elle a simplement tourné les talons, poussé la poignée de la porte, et la refermé derrière elle. Une mise en scène en trois actes, parfaitement rôdée, et déroulée avec lharmonie dun ballet classique. Elle sétait barrée, rideau.
Comment cette garce fait-elle pour que même labandon soit émouvant.
Resté seul, jai regardé la porte sexcuser davoir prit part à la scène. Elle venait de se refermer sur un souffle, emportant une brise légère partie bien plus vite quelle nétait arrivée.
Jentendais la musique de ses pas danser dans lescalier, descendre, puis disparaître, pour finalement coller un autre point final à cette soirée de merde, comme trois points de suspension dans le néant de labsence.
Je me suis levé, jai soupiré et fait un café. Histoire davoir un truc pour moccuper. Et machinalement, jai ouvert le compartiment à nostalgie. Cest le bordel.
Je suis comme un chaton en train de jouer avec une pelote de souvenirs. Je les tiens entre mes pattes, et je suis infoutu de les contrôler. Ca fuse, ça part dans tous les sens.
Je me suis souvenu de nos premiers rendez-vous. Du premier café, du premier baiser, de la première fois, de la première rencontre avec les beaux-parents. Une somme de première fois qui ne faisait que tracer une trame étrange. Une suite de pointillés dessinant un tout incertain et vaporeux.
Je pense aux soupirs que nous échangions quand nous faisions lamour. Et à la douceur de ses lèvres dans le bas de mon dos. Et à lodeur de ses cheveux qui est restée imprimée et qui me nargue sur létoffe de loreiller où elle dodelinait parfois de la tête les soirs où je parlais trop. Puis je mégare dans la futilité des questions sans réponses.
Quest ce quon a bien pu foutre pour en arriver là ?
Interrogé, le mur de la chambre décide de rester ostensiblement muet par peur des représailles. Ce mur
un pan entier exclusivement dédié à son existence.
Des photos éparpillées, des cartes postales griffonnées à la hâte, des coupures de presse, des recettes de cuisine.
Le buf mironton côtoie Java et Bornéo, îles où gamine elle avait passé quelque temps subissant le travail de son père, attaché dambassade.
A quelques encablures, le Golden Gate jette son tablier dacier sur locéan pacifique. Ici, quelques jonques sébrouent sur le fleuve jaune. Là un tigre blanc reste impassible dans un zoo du bout du monde.
Les photos, cést le miroir dAlice. On y plonge le regard, on y retourne. On retrouve le contexte, le contraste de laube sur les pyramides dEgypte, les odeurs du quartier Indien de Singapour.
Et puis il y a « nous deux », et bientôt les guillemets vont disparaître. Les personnages resteront figés, témoins dune époque révolue, précurseurs dune ère nouvelle.
Tant mieux, jai une tête dahuri ébouriffé presque trop tôt sorti de lenfance.
Le silence est sans appel, elle est donc partie.
Cétait sans doute comme ça que ça devait se passer, ne pas semmerder dadieux éplorés, ni de déclarations déchirantes.
Il y a trop de clichés crucifiés au mur de la mémoire.
Le miroir devient terne, Alice ne sourit plus.
La radio crache un rock approximatif. Le café, presque froid, est avalé dune gorgée.
Ce n'est que l'histoire d'une seconde bouffie d'orgueil et d'espoir anéanti. Il faut tourner la page, recommencer une nouvelle histoire, et réouvrir des guillemets.
Car se complaire à se réfugier dans le passé pour mieux appréhender le futur, cest très con.
Cest très humain.
Cest très masculin.
Cest juste
normal, donc ?